Manger en pleine conscience
« Manger en pleine conscience signifie porter délibérément son attention à ce qui se passe à l’intérieur de soi — dans le corps, le cœur et l’esprit —
et à l’extérieur, dans l’environnement.»Jan Chozen Bays
La pleine conscience se cultive dans les gestes du quotidien.
L’alimentation en est l’une des portes d’entrée les plus concrètes.
Sortir du pilote automatique
Il arrive souvent que l’on mange de façon automatique ou sans vraiment y prêter attention. Par exemple:
manger devant un écran ou rapidement, sans réellement goûter ;
terminer son assiette malgré l’absence de faim ;
manger pour apaiser une émotion ;
consommer un aliment réconfortant sans en savourer pleinement le goût.
Ces situations sont fréquentes. Elles font partie de l’expérience humaine et gagnent à être observées avec plus de compréhension et d’ouverture.
L’alimentation pleine conscience invite justement à porter un regard plus conscient sur notre façon de nous nourrir, sans chercher à se juger ni à se culpabiliser.
Elle ne vise pas à éliminer ces moments, mais à les reconnaître avec davantage de présence, afin de mieux comprendre ce qui influence nos comportements alimentaires.
Une attention portée à l’expérience de manger
Manger en pleine conscience s’inscrit dans le mouvement plus large de la pleine conscience.
Il s’agit d’amener intentionnellement son attention à toutes les dimensions de l’acte alimentaire, dans le moment présent : les sensations corporelles, les pensées, les émotions, ainsi que les saveurs, les textures et les odeurs.
Cette approche ne cherche pas à produire un résultat précis.
Elle invite plutôt à cultiver certaines qualités — curiosité, ouverture, lâcher-prise — en s’éloignant progressivement du contrôle et de la rigidité.
Retrouver ses repères internes
L’un des objectifs centraux de l’alimentation pleine conscience est de renouer avec les signaux internes de faim et de rassasiement, afin qu’ils puissent guider les choix alimentaires, tant en quantité qu’en qualité.
Elle permet également de redonner une place au plaisir de manger, souvent mis de côté par les approches restrictives ou centrées sur la perte de poids.
Plutôt que de chercher à contrôler son alimentation, cette démarche invite à développer une relation plus respectueuse et plus souple avec la nourriture — et avec son corps.
Une approche soutenue par la recherche
Dans les années 1990, la psychologue américaine Jean Kristeller a contribué au développement de l’alimentation consciente avec le programme MB-EAT (Mindfulness-Based Eating Awareness Training – Entraînement à la conscience alimentaire basé sur la pleine conscience), initialement destiné aux personnes vivant avec des troubles du comportement alimentaire.
Les recherches menées au fil des années, auprès de différentes populations, ont montré plusieurs bénéfices possibles, notamment :
une diminution des crises alimentaires ;
une amélioration de la qualité alimentaire ;
une augmentation du plaisir de manger ;
une meilleure régulation métabolique, incluant une amélioration du contrôle du diabète ;
une réduction de certains symptômes dépressifs.
Des principes simples et universels
L’alimentation pleine conscience s’appuie sur quelques principes fondamentaux, dont :
porter attention au geste de se nourrir, dans le moment présent ;
respecter sa propre sagesse intérieure ;
choisir des aliments à la fois nourrissants et plaisants ;
reconnaître que chaque expérience alimentaire est unique ;
honorer ses signaux de faim et de rassasiement ;
se rappeler qu’il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de manger, mais différents degrés de conscience.
Une relation plus consciente avec la nourriture
L’alimentation consciente n’est pas une façon de manger parfaitement, ni une méthode à appliquer à la lettre.
C’est une démarche progressive, qui se vit par et dans le corps, et qui permet de laisser émerger sa propre sagesse innée.
Elle invite à développer une relation plus consciente, plus libre et plus apaisée avec la nourriture et avec son corps, en reconnaissant l’interconnexion entre notre santé, celle de la collectivité et celle de l’environnement.
Pour aller plus loin
Cet article s’inspire, entre autres, des travaux de Jan Chozen Bays (Manger en pleine conscience, traduction française de Eating Mindfully) et de Jon Kabat-Zinn (Au cœur de la tourmente, la pleine conscience).
Les principes développés par Jean Kristeller autour du MB-EAT se retrouvent également dans plusieurs ouvrages francophones sur l’alimentation intuitive.