Une autre façon de prendre soin de soi
Voici le deuxième volet d’une série de deux articles sur l’autocompassion. Je vous invite à découvrir le premier article : « L’autocompassion et notre relation à la nourriture ».
Pour beaucoup de personnes, le rapport au corps est marqué par le jugement, le contrôle, et peut même devenir une source d’insatisfaction, voire de souffrance.
Et si nous pouvions apprendre à transformer notre posture intérieure, particulièrement lorsque notre rapport au corps devient plus difficile?
C’est justement ce que l’autocompassion nous propose : changer non pas notre corps, mais la façon dont nous sommes en relation avec lui.
Une insatisfaction façonnée par notre société
Cette insatisfaction est largement nourrie par la multitude de messages auxquels nous sommes constamment exposés et qui présentent la minceur et la jeunesse comme des idéaux à atteindre. À force de se comparer, il peut devenir difficile de regarder son propre corps sans chercher ce qui ne va pas : une rondeur ici, une ride là, un ventre que l’on aimerait plus plat ou un poids qui ne correspond pas à nos attentes.
Vouloir constamment modifier son corps entraîne non seulement une pression importante, mais aussi une profonde insatisfaction. Et cette réalité est vécue par une grande partie de la population :
« Au Québec, 52 % de la population est insatisfaite de son poids. »
— ASPQ 2022
Les conséquences de cette insatisfaction sont bien réelles. Elles peuvent influencer la façon de s’habiller, les activités que l’on ose faire et parfois même mener à la honte et à une estime de soi fragilisée.
Et trop souvent, nous attendons d’avoir un corps différent pour nous sentir enfin libres : « Quand je serai plus mince, je me sentirai mieux ».
Et pendant ce temps, la vie continue.
Sortir du regard qui juge
Ce regard critique que nous avons souvent appris à porter sur notre apparence n’est toutefois pas figé. Par notre intention et notre attention, il peut progressivement se transformer.
C’est là que l’autocompassion peut nous aider à nous accueillir avec plus de bienveillance, sans chercher à nier notre insatisfaction ni à nous convaincre d’aimer chaque partie de notre corps.
Si vous souhaitez la mettre en pratique, je vous propose de (re)découvrir « Les trois clés pour mettre en œuvre l’autocompassion » dans le premier article de cette série.
Plutôt que : « Je déteste mon corps », peut-être pouvons-nous commencer par : « Je remarque que je suis très critique envers mon corps. »
Puis : « Ça fait mal de me sentir comme ça. »
Et : « Je ne suis pas la seule personne à vivre cette douleur. »
Et enfin : « De quoi ai-je besoin pour prendre soin de moi en ce moment? »
Cette posture intérieure nous permet de prendre un peu de recul : nous devenons non seulement la personne qui peut observer sa souffrance avec compassion, mais également celle qui souhaite l’apaiser en prenant soin d’elle-même.
Ce changement de perspective peut avoir des répercussions jusque dans le corps lui-même. Lorsque nous sommes constamment en train de nous juger, de nous comparer ou de critiquer notre apparence, nous subissons une forme de tension intérieure. En revanche, lorsque nous faisons preuve de douceur et de bienveillance envers nous-mêmes, notre corps peut lui aussi répondre différemment.
À ce propos, les recherches sur l’autocompassion suggèrent qu’elle favorise des réponses bénéfiques, associées à l’apaisement et à la régulation du stress. En d’autres termes, lorsque nous cessons de nous battre contre nous-mêmes, nous offrons à notre corps un peu plus d’espace pour se détendre.
De plus, lorsque nous pratiquons l’autocompassion face à notre corps, la recherche indique qu’elle peut contribuer à améliorer la relation que nous entretenons avec lui, notamment en réduisant l’insatisfaction corporelle et en favorisant une appréciation plus positive.
Cela ne veut pas dire que cette attitude fait disparaître comme par magie toute forme d’insatisfaction ou de souffrance. Elle nous aide toutefois à créer de l’espace pour observer notre regard critique et, éventuellement, avec la pratique, ne plus le laisser définir notre relation avec notre corps.
Au-delà des apparences
« Si nos yeux voyaient l’âme des gens au lieu de leur corps, l’idéal de beauté serait complètement différent. »
— Auteur inconnu
Lorsque nous sommes très préoccupés par notre apparence, nous risquons de perdre de vue tout ce que notre corps nous permet de vivre.
Un corps qui respire, qui bouge, qui ressent — un corps qui nous permet de marcher, de créer, de goûter, de rire, d’aimer et d’être en relation avec les autres. Un corps qui nous permet de contempler un coucher de soleil, d’entendre le chant des oiseaux, de sentir l’odeur de la forêt après la pluie.
Et, sans même que nous y pensions, il accomplit chaque jour une multitude de fonctions essentielles à notre vie.
Pourtant, chaque corps est unique.
Il suffit de regarder une forêt : aucun arbre n’est exactement semblable à un autre. Leurs formes portent les traces de leur histoire : certains sont grands et élancés, d’autres plus petits. Et c’est à travers cette diversité que nous pouvons contempler la beauté du paysage.
De la même façon, notre corps est constitué d’un ensemble d’éléments spécifiques à notre histoire. Il n’est pas seulement ce que nous voyons dans le miroir. Il est aussi celui qui nous permet d’habiter notre vie et de faire rayonner nos qualités et nos talents, qui nous rendent uniques. Si nous apprenions à regarder au-delà du miroir, notre conception de la beauté en serait peut-être transformée.
Il ne s’agit pas de se dire : « Je dois maintenant aimer mon corps! » — mais peut-être d’apprendre simplement à le regarder autrement, à le reconnaître pour ce qu’il est plutôt que pour ce qu’il devrait être.
Ce changement de regard peut progressivement ouvrir la porte à plus de respect et de confiance envers notre corps, qui peut alors devenir un allié à écouter et à comprendre.
Un autre regard est possible
L’autocompassion ne change pas l’apparence de notre corps. Elle peut toutefois changer la façon dont nous l’habitons en nous invitant à nous demander :
« Comment puis-je être avec le corps que j’ai, ici et maintenant? »
Elle peut aussi nous apprendre à ne plus donner tout le pouvoir à notre insatisfaction. Elle nous aide à nous accompagner avec plus de douceur et de bienveillance lorsque nous traversons ces moments difficiles.
Peu à peu, cette compassion envers nous-mêmes pourrait nous aider à accueillir nos imperfections avec une certaine tendresse et à reconnaître que notre valeur n’a jamais été déterminée par notre apparence.
Poursuivons la réflexion
Si cette lecture a fait écho en vous, je vous invite à poursuivre ce cheminement avec moi.
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Références
Albertson, E. R., Neff, K. D., & Dill-Shackleford, K. E. (2015). Self-Compassion and Body Dissatisfaction in Women: A Randomized Controlled Trial of a Brief Meditation Intervention. Mindfulness, 6(3), 444–454.
Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). (2022). L’omniprésence de l’industrie de l’amaigrissement en ligne commande un meilleur encadrement du gouvernement. Résultats d’un sondage Léger réalisé en mars 2021.
Kirschner, H., Kuyken, W., Wright, K., Roberts, H., Brejcha, C., & Karl, A. (2019). Soothing Your Heart and Feeling Connected: A New Experimental Paradigm to Study the Benefits of Self-Compassion. Clinical Psychological Science, 7(3), 545–565.
Marta-Simões, J., Ferreira, C., & Mendes, A. L. (2016). Exploring the Effect of External Shame on Body Appreciation among Portuguese Young Adults: The Role of Self-Compassion. Eating Behaviors, 23, 174–179.