Pourquoi les régimes amaigrissants ne fonctionnent pas à long terme
Comprendre l’effet yo-yo, le fonctionnement du corps… et pourquoi ce n’est pas un manque de volonté
Qu'il s'agisse de publicités, de médias ou de réseaux sociaux, les messages invitant à perdre du poids sont omniprésents. Défis minceur, programmes détox, applications de suivi alimentaire et promesses de transformation rapide nous rappellent constamment qu'il faudrait modifier notre corps pour être en meilleure santé, plus heureux ou mieux dans notre peau.
Pourtant, malgré toutes les solutions offertes depuis des décennies, la préoccupation à l'égard du poids demeure très présente. Selon une enquête Léger réalisée en avril 2021 pour l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), 52 % de la population québécoise se disait insatisfaite de son poids. Sept femmes sur dix et six hommes sur dix se percevaient comme « trop gros », y compris certaines personnes ayant un poids insuffisant. La même enquête révélait que 60 % des Québécois avaient tenté de maintenir ou de perdre du poids au cours de l'année précédente.
Ces chiffres illustrent à quel point la quête de perte de poids occupe une place importante dans notre société. Lorsque l'on souhaite modifier son poids, les régimes amaigrissants apparaissent souvent comme une solution logique et prometteuse.
Si les régimes fonctionnaient vraiment à long terme, il n'y aurait pas une industrie de plusieurs milliards pour les vendre encore et encore.
Alors pourquoi continuons-nous à nous tourner vers les régimes si leur efficacité à long terme demeure si limitée?
Des méthodes qui changent, une promesse qui demeure
Les régimes amaigrissants ne sont pas un phénomène nouveau. Depuis leur popularisation au milieu du XIXe siècle, ils reviennent sous différentes formes avec une même promesse : perdre du poids, retrouver la santé et se sentir mieux dans son corps.
Depuis plus de 150 ans, les méthodes changent — réduction des glucides, diminution des matières grasses, comptage des calories, jeûne intermittent ou programmes minceur de toutes sortes — mais le principe demeure essentiellement le même : exercer davantage de contrôle sur ce que l'on mange pour modifier son poids.
Au fil du temps, la minceur est progressivement devenue associée à la santé, à la réussite, à la beauté et à la maîtrise de soi. Les médias, puis les réseaux sociaux, ont largement contribué à diffuser des idéaux corporels souvent irréalistes et difficilement atteignables. Peu à peu, le corps est devenu un projet à améliorer plutôt qu'une réalité à habiter.
L'industrie de l'amaigrissement s'est développée dans ce contexte. Elle ne vend pas seulement des produits ou des programmes. Elle vend surtout l'espoir qu'une transformation physique permettra enfin de se sentir bien dans sa peau.
« Au niveau mondial, l'industrie de l'amaigrissement aurait rapporté 176 milliards de dollars américains en 2017. Selon les projections, ce chiffre s'élèverait à 246 milliards de dollars américains en 2022. »
— Association pour la santé publique du Québec (ASPQ, 2022)
Ces chiffres témoignent de l'ampleur d'un marché en pleine croissance. Cette croissance est soutenue par une préoccupation persistante à l'égard du poids et par des idéaux corporels qui valorisent la minceur. Dans ce contexte, la promesse d'une transformation rapide continue d'alimenter la demande pour des produits, services et programmes amaigrissants.
Pourtant, malgré des décennies de nouvelles méthodes, les résultats à long terme demeurent remarquablement semblables.
L'effet yo-yo : un phénomène que nous connaissons tous
La plupart d'entre nous connaissent quelqu'un — ou se reconnaissent eux-mêmes — dans cette histoire.
Un régime permet de perdre du poids. Les résultats sont encourageants. Pendant quelques semaines ou quelques mois, tout semble fonctionner.
Puis, graduellement, le poids revient.
Parfois, il revient au poids initial. Parfois, il le dépasse.
C'est ce qu'on appelle l'effet yo-yo.
Ce phénomène est si fréquent qu'il est presque devenu une expérience normale lorsqu'on tente de perdre du poids. Pourtant, il est souvent interprété comme un manque de volonté, de discipline ou de motivation.
Mais est-ce vraiment le cas?
Ce qui se passe réellement lorsque nous perdons du poids
Les recherches des dernières décennies nous permettent aujourd'hui de mieux comprendre ce phénomène.
Au début d'un régime, la perte de poids est souvent rapide. Une partie de cette perte correspond à une diminution des réserves de glycogène — la forme sous laquelle notre corps stocke les glucides — et de l'eau qui y est associée. À mesure que la restriction énergétique se poursuit, le corps puise également dans ses réserves adipeuses, mais aussi dans sa masse musculaire.
Cette perte musculaire n'est pas sans conséquence. Comme les muscles consomment de l'énergie, même au repos, leur diminution contribue à réduire les dépenses énergétiques de l'organisme.
Lorsque la restriction énergétique se prolonge, le corps perçoit cette situation comme une menace potentielle pour ses réserves d'énergie. En réponse, il met en œuvre différents mécanismes destinés à protéger son équilibre : le métabolisme ralentit afin de réduire ses dépenses énergétiques. La faim augmente, tandis que les signaux de satiété deviennent moins efficaces. Les pensées liées à la nourriture prennent davantage de place et les envies alimentaires deviennent souvent plus intenses.
Autrement dit, le corps met tout en œuvre pour récupérer les réserves qu'il estime nécessaires à sa survie.
Ces réactions ne sont pas des signes de faiblesse. Elles témoignent d'un système biologique sophistiqué développé au cours de l'évolution pour favoriser notre survie lorsque la nourriture venait à manquer.
Vu sous cet angle, l'effet yo-yo apparaît sous un jour nouveau. Il ne traduit pas nécessairement un manque de volonté. Il reflète plutôt la capacité du corps à défendre ses réserves énergétiques.
Le cycle qui entretient la culture des régimes
À ces mécanismes biologiques s'ajoutent des conséquences psychologiques bien connues.
La plupart des régimes reposent sur des règles externes : compter, mesurer, contrôler, éviter certains aliments ou ignorer ses signaux naturels de faim et de satiété.
Pendant un certain temps, ces règles peuvent sembler efficaces. Mais elles exigent un niveau de contrôle et de vigilance difficile à soutenir au quotidien, surtout sur une longue période.
Lorsque la restriction devient trop importante, les envies de manger deviennent parfois si fortes qu'il devient difficile d'y résister. Il peut alors arriver que l'on mange davantage que prévu. La culpabilité s'installe, suivie d'une nouvelle tentative de contrôle.
Peu à peu, un cycle s'installe :
Restriction → frustration → perte de contrôle → culpabilité → nouvelle restriction
Pour plusieurs personnes, ce cycle se répète pendant des années, parfois pendant des décennies.
C'est aussi ce qui permet à l'industrie des régimes de prospérer : chaque reprise de poids alimente l'espoir qu'une nouvelle méthode sera enfin la bonne.
Et si le problème n'était pas vous?
Après plusieurs tentatives infructueuses, il est facile de croire que l'on manque de discipline.
Pourtant, les connaissances scientifiques accumulées depuis plusieurs décennies nous invitent à une autre lecture.
Et si ce n'était pas la personne qui avait échoué au régime...
mais le régime qui avait échoué à respecter le fonctionnement naturel du corps humain?
Cette distinction est importante.
Elle permet de remplacer le jugement par la compréhension et la culpabilité par davantage de bienveillance envers soi-même.
Une autre voie est possible
La santé ne se résume pas à un chiffre sur la balance. Elle est influencée par de nombreux facteurs et ne peut être réduite au poids à lui seul.
Prendre soin de sa santé passe notamment par l'adoption de saines habitudes de vie : une alimentation variée et équilibrée, une activité physique agréable et régulière, un sommeil réparateur, une bonne gestion du stress et des liens sociaux nourrissants. Ces habitudes contribuent à la santé, au bien-être et à la qualité de vie, sans qu'elles soient guidées avant tout par la recherche d'une perte de poids.
Dans cette perspective, sortir de la culture des régimes ne signifie pas abandonner sa santé. Cela signifie plutôt déplacer l'attention du contrôle du poids vers une écoute plus attentive de son corps et de ses besoins.
L'alimentation pleine conscience propose justement cette démarche. Elle nous invite à ralentir, à reconnaître nos sensations de faim et de satiété, à savourer davantage les aliments et à renouer avec les signaux que notre corps nous envoie naturellement.
Il ne s'agit pas d'une nouvelle méthode pour mieux contrôler son alimentation.
Il s'agit plutôt d'apprendre à écouter la sagesse du corps plutôt que de lutter constamment contre lui.
Parce qu'au fond, la question la plus importante n'est peut-être pas :
« Comment puis-je perdre du poids? »
Mais plutôt :
« Comment puis-je prendre soin de moi sans faire de la perte de poids mon principal objectif? »
Il n'y a pas de réponse simple à cette question — mais on peut apprendre à mieux la porter, ensemble.
Si vous souhaitez poursuivre cette réflexion, je vous invite à découvrir les autres articles de ce blogue, où j'explore la relation à la nourriture, l'écoute du corps et les principes de l'alimentation pleine conscience.
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Références:
Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) (2022). Produits, services, et moyens amaigrissants. Portrait québécois de la publicité en ligne: https://www.aspq.org/app/uploads/2022/01/portrait-publicite-enligne-psma_aspq_2022.pdf
Équilibre (2024). Portrait de l’image corporelle et des préoccupations liées à l’apparence chez les Québécois et Québécoise (infographie):
https://equilibre.ca/images/equilibre/librairy/Infographie-2024_FINAL5.pdf
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) (2008). Les conséquences des préoccupations excessives à l’égard du poids: un problème de santé publique.