La bienveillance : un autre regard sur le corps et la nourriture
Si votre corps était un ami, lui parleriez-vous de la même façon que vous vous parlez à vous-même?
Prenez un instant pour y réfléchir.
Pour la plupart d'entre nous, la réponse est probablement non. Nous sommes souvent beaucoup plus patients, compréhensifs et bienveillants envers les autres qu'envers nous-mêmes. Pourtant, lorsqu'il est question de notre corps ou de notre alimentation, notre regard peut rapidement se teinter de critique: nous évaluons, comparons, cherchons à corriger ou à nous conformer à un idéal.
Et si prendre soin de soi pouvait commencer ailleurs que dans le contrôle?
Peut-être simplement en portant sur soi un regard différent, empreint de respect, de curiosité et de bienveillance — une façon d’être avec soi qui permet de retrouver davantage de liberté et de plaisir dans sa relation à la nourriture et à son corps.
Qu'est-ce que la bienveillance?
Être bienveillant envers soi, c'est choisir d'entrer en relation avec soi-même en privilégiant le respect plutôt que le jugement, la curiosité plutôt que la critique et l'écoute plutôt que le contrôle. C’est reconnaître que nous sommes humains, avec nos forces, nos limites et nos besoins, tout en continuant à poser des gestes qui favorisent notre équilibre et notre bien-être.
La bienveillance ne nous éloigne pas de la santé. Elle nous invite à en prendre soin autrement : non plus en cherchant à corriger un corps que l'on pourrait juger inadéquat, mais en apprenant à collaborer avec lui.
La bienveillance n'est pas une destination à atteindre. C'est une manière de marcher à nos côtés.
Pourquoi sommes-nous si durs envers nous-mêmes?
Nous vivons dans une société qui valorise la performance, les apparences et la jeunesse, et où la minceur est encore largement associée à la santé, au bonheur et à la réussite. Les réseaux sociaux, la publicité et la culture des diètes entretiennent l’idée qu’il faudrait constamment améliorer notre corps et que notre valeur en dépend en partie. La quête du corps idéal et de l’éternelle jeunesse peut ainsi nourrir une profonde insatisfaction à l’égard de notre image corporelle.
Pendant des années, nous avons aussi appris à croire que prendre soin de nous signifiait avant tout perdre du poids ou modifier notre apparence. Cette pression peut nous amener à vouloir contrôler notre alimentation et à suivre des règles extérieures, parfois au détriment de l’écoute de nos besoins. À force de chercher à nous conformer à ces attentes, nous nous éloignons peu à peu de nos sensations de faim, de satiété et de satisfaction, ainsi que de la confiance envers notre corps. Cette lutte s’accompagne souvent de culpabilité et d’autocritique.
Prenons l’exemple de Diane, 54 ans. Depuis quelques mois, ses soirées se ressemblent : les enfants sont partis de la maison, le silence s’installe après le souper et une envie de sucré surgit presque chaque soir, souvent vers 20 h. Diane se sert une portion de crème glacée, puis une deuxième, en se répétant intérieurement qu’elle « devrait avoir plus de volonté à son âge ». Le lendemain, elle tente de « se rattraper » en sautant le déjeuner. Le soir suivant, l’envie de sucré revient, et le même cycle se répète.
Écouter son corps, autrement
La bienveillance crée un espace où la sagesse du corps peut s’exprimer.
Elle ouvre la possibilité de ralentir, d’observer, de ressentir et de faire davantage confiance aux messages que notre corps nous envoie.
Elle peut aussi nous inviter à reconnaître que l’acceptation de notre corps passe parfois par un certain deuil : celui du corps idéalisé que nous aurions souhaité avoir. Faire ce deuil ne signifie pas renoncer à prendre soin de soi. C’est peu à peu laisser aller la lutte contre ce qui est, pour faire de la place à une relation plus respectueuse avec son corps, tel qu’il est.
Si Diane s’arrêtait un instant, le soir, avant de se resservir, et se demandait simplement : « De quoi ai-je besoin en ce moment? », elle pourrait découvrir que son envie de manger est peut-être liée à la solitude, au besoin de réconfort, au repos ou simplement à l'envie de savourer une douceur après une journée exigeante.
Cette question ne l'empêcherait pas nécessairement de manger — mais elle changerait la nature de ce moment : d'un geste automatique teinté de culpabilité, il pourrait devenir un choix plus conscient, posé avec respect envers elle-même.
La bienveillance ne signifie pas tout accepter
L'un des plus grands mythes est de croire que la bienveillance conduit au laisser-aller. Certaines personnes craignent qu'en cessant d'être exigeantes envers elles-mêmes, elles abandonnent leurs bonnes habitudes ou cessent de prendre soin de leur santé.
Pourtant, être bienveillant envers soi ne signifie pas renoncer à ses aspirations ni fermer les yeux sur ce qui pourrait être amélioré. C'est plutôt choisir de répondre à ses besoins avec discernement et respect, sans se punir lorsqu'on s'éloigne d'un objectif.
Prendre soin de soi ne consiste pas à se juger ou à se faire violence pour changer. Il peut aussi s'agir de reconnaître ce qui ne nous convient plus, d'ajuster nos choix et de poser des gestes qui correspondent réellement à nos besoins.
La bienveillance ne remplace pas l'engagement envers sa santé — elle transforme simplement la façon de s'y engager.
Accueillir aussi ses envies de manger
La bienveillance nous invite à remplacer le jugement par la curiosité.
Nos envies de manger ne sont pas toujours liées à la faim physique. Il arrive que nous mangions pour nous réconforter, calmer notre stress, célébrer un moment heureux ou traverser une période plus difficile. Ces envies sont naturelles et font partie de l'expérience humaine.
Chercher à les contrôler ou à nous juger peut contribuer à entretenir un cycle de restriction, de culpabilité et de recours à la nourriture pour réguler nos émotions.
Parfois, prendre soin de soi consistera à diversifier ses stratégies pour répondre à une émotion : marcher, respirer profondément, appeler une amie, écrire dans un journal ou simplement se reposer. Et parfois, ce sera aussi choisir un aliment réconfortant et prendre le temps de le savourer pleinement, sans culpabilité. Pour Diane, cela pourrait vouloir dire s’asseoir avec son dessert, sans écran, et prendre le temps de le savourer pleinement — plutôt que de le manger debout, distraitement, tout en se jugeant.
Il ne s'agit pas de lutter contre nos besoins, mais d'apprendre à y répondre avec davantage de conscience, de souplesse et de respect.
Comment cultiver davantage de bienveillance au quotidien?
La bienveillance se développe à travers de petits gestes répétés. Vous pouvez commencer par :
Observer votre dialogue intérieur et vous demander : « Est-ce que je parlerais ainsi à une personne que j’aime? »
Remplacer la critique par une question : « De quoi ai-je réellement besoin en ce moment? »
Accueillir les envies de manger liées aux émotions avec curiosité plutôt qu’avec jugement.
Reconnaître les nombreux gestes qui vous permettent de prendre soin de vous : manger assis, prendre quelques respirations conscientes avant un repas, vous créer un rituel avant le sommeil, marcher dans la nature ou dire non lorsque c’est nécessaire.
Prendre le temps de savourer en pleine conscience un aliment que vous aimez et dont vous avez envie.
Chaque petit geste de bienveillance est une façon de renforcer la confiance envers votre corps et de nourrir une relation plus sereine avec la nourriture.
En terminant
Prendre soin de soi ne commence peut-être pas par la balance. Cela commence parfois par une décision beaucoup plus simple : celle de remplacer la critique par la douceur, le contrôle par l'écoute et le jugement par la bienveillance.
Car lorsque nous cessons de nous battre contre notre corps, nous pouvons enfin commencer à l'écouter.
Cette nouvelle façon d'être avec soi transforme peu à peu notre relation avec la nourriture, mais aussi celle que nous entretenons avec nous-mêmes.
La bienveillance n'efface pas nos difficultés — elle change la façon dont nous les rencontrons.
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